SUR LES TRACES D'ALEXANDRE LE GRAND ET DE MARCO POLO : là ça se corse
Le 2 septembre : (Interdit aux âmes sensibles).
Hier soir notre chauffeur nous a quitté. Il nous rejoindra dans quelques jours. Qu'il pleuve, qu'il vente ou qu'il neige nous n'avons plus le choix. Nous devrons franchir le col "Dgalgyz-karagai" (sapin solitaire, 3400m) à cheval. Le départ de la promenade se fait sous un soleil radieux. Elle ne présente aucune difficulté. C'est un véritable plaisir.
A mis parcours, mon cheval pose un sabot dans un minuscule ruisseau. Le sabot glisse sur une pierre. Le cheval se "casse la gueule" et forcément moi aussi. Nous nous relevons très rapidement. Je constate que ma main droite est 3 cm en dessous et 2 cm sur le côté du poignet.
Le guide passe un coup de téléphone. Miracle, moins d'une minute après, 2 cavaliers surgissent (non pas hors de la nuit) mais de derrière un bosquet. Ils s'enquièrent de la situation. Le guide passe ses consignes et les voilà qu'ils partent au grand galop. Ils dévalent la montagne à toute allure. La scène est magnifique à observer. C'est mieux qu'au cinéma. Environ 1 heure et demie après, le guide nous annonce que le rebouteux qui n'est autre que son père est en route.
Il a 79 ans, pas de diplôme mais qu'il a exercé pendant 35 ans sans aucun problème. Nous nous retrouvons devant une maison de bergers. Il me fait asseoir sur le sol à côté d'un tas de bouses de vache en train de sécher au soleil. Il manipule ma main dans tous les sens.
Son diagnostic tombe: la main déplacée (mais çà je le savait déjà) et deux fractures au poignet. Il décide de m'envoyer dans l'hôpital le mieux adapté pour ma blessure.
Petits détails sans importance: il est situé à plus de 80 km et la route est au 3/4 défoncée. Au passage nous laissons le rebouteux chez lui, et nous filons vers l'hôpital. Après plus 1,5 h de trajet, nous arrivons devant l'entrée. Jusque là tout allait bien ...
Le portail est enchaîné et cadenassé. Un trou dans le grillage permet d'y accéder. Je vous passe tous les détails au niveau de l'accueil et des couloirs qui mènent aux urgences.
Je crois être revenu dans les années 60. Nous signalons notre présence et le médecin en chef vient consulter ma main. Il ordonne de faire une radio. Quand la radiologue (très charmante) arrive un billet de banque passe de la poche de mon accompagnateur dans la sienne. La radio confirme seulement une fracture.
Mon accompagnateur va à l'extérieur acheter tout le nécessaire, et dès qu'il revient, le chef médecin me fait entrer dans la salle d'intervention. Et là, ... L'horreur.
Sur ma gauche une infirmière soigne la plaie d'un genou ensanglanté, sur ma droite un enfant d'environ 10 ans est allongé sur une table avec une main pratiquement coupée en deux.
Le chef médecin me fait assoir sur un tabouret contre la table et pose ma main derrière la tête du gamin. Mes yeux sont à moins d'un mètre de sa main. Une infirmière et un autre médecin arrivent pour s'occuper du gamin. Pendant une demie heure j'assiste en direct à toutes les opérations. Le gamin est conscient et lui aussi voit tout en direct. Le chirurgien lui fait 10 points de sutures à vif. Il ne fait pas dans la dentelle. Ça ressemble à 3 petits saucissons.
Enfin c'est mon tour. Le médecin me fait assoir contre un poteau métallique. L'infirmière sort une vielle couverture d'un placard. Elle la pose sur la table pleine de sang du gamin. Elle la déplie et la replie pour en faire coussin qu'elle passe entre mon épaule et le poteau. Puis elle prend une serpillère dans un seau, la passe sous l'eau d'un robinet, nettoie la table puis les tâches de sang sur le sol et elle remet la serpillère dans son seau.
La suite est sans importance si ce n'est que les deux médecins réussiront, après beaucoup d'efforts, à me remettre en place la main. Quand nous sortons de l'hôpital, il est 19 h. Nous mangeons dans un restaurant très typique. Je me couche tôt.
Demain je repars pour finir ma ballade à cheval.




